Un espace de thérapie en entreprise : shocking ?
Lorsque je démarche les entreprises pour leur proposer de mettre à disposition de leur personnel un espace de thérapie sur le site même de leur organisation, passés les silences gênés, les sourires polis ou le changement de sujet, je reçois bien souvent les retours suivants : « Ouh là là, on ne va pas tout mélanger ! La thérapie appartient à la sphère privée ! » ou bien « Quel intérêt de proposer un espace de thérapie sur son lieu de travail ? » ou encore « On a la médecine du travail et/ou un.e psy du travail, on est pourvu ! »
La croyance que la thérapie individuelle ne peut s’inviter dans le milieu de l’entreprise a la vie dure.
Bien sûr. Ça contacte les peurs, les réticences. Le manque d’information, aussi.
Pourtant, lorsqu’on sait que :
- En 2023, 44% des salariés se déclaraient en détresse psychologique (source : Baromètre Empreinte Humaine 2023 sur la santé mentale des salariés)
- Dont 17% en détresse élevée (ibid.)
- Le burn-out sévère concerne 1 salarié sur 5 (ibid.)
- En France, le coût du stress est estimé à 3 milliards d’euro par an (source : INRS, prévention des RPS = gain de performance, meilleure cohésion)
On est en droit de s’interroger sur les dispositifs utiles et nécessaires sur le lieu de travail pour répondre à ce problème de santé mentale.
Oui, un.e psychologue du travail est indispensable pour pallier les difficultés liées aux problématiques professionnelles rencontrées par le salarié. Mais ça ne suffit pas.
Pour rappel, le ou la psychologue du travail intervient, entre autres, sur le climat social, les problématiques collectives. Il ou elle émet une expertise sur les situations professionnelles (conflits, risques psycho-sociaux, discrimination…). Il ou elle accompagne également les trajectoires de carrière (recrutement, bilan de compétences, reclassement…). Et c’est primordial.
En parallèle, le ou la thérapeute en entreprise accompagne le salarié à son initiative sur des problématiques émotionnelles, identitaires, relationnelles qui peuvent être d’origine personnelle ou professionnelle. En outre, il ou elle s’inscrit hors des enjeux hiérarchiques ou professionnels directs, ce qui favorise la confiance, la libération de la parole, une démarche volontaire et préventive du salarié.
Une entreprise qui offre ces deux ressources envoie un message fort à ses collaborateurs : « On prend soin de vous dans toutes vos dimensions ».
Alors oui, on peut estimer qu’entreprendre une thérapie relève du domaine privé. Mais la frontière entre espace pro et espace perso est souvent fine. Un déséquilibre dans l’une ou l’autre des sphères (sinon les deux) et c’est toute la stabilité du salarié qui se trouve impactée. Donc sa performance, son engagement, son implication, sa disponibilité, sa capacité à gérer le stress, voire sa qualité de présence (si ce n’est sa présence tout court) sur son lieu de travail et dans ses responsabilités.
Serait-il temps de revisiter cette croyance pour considérer la santé mentale dans le milieu de l’entreprise à sa juste valeur ?
Et vous, qu’en pensez-vous ?